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L'enfant Roi [PV. Laurie]

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Ann Traur
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MessageSujet: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyJeu 28 Jan - 0:39

Annika marche. Ses bottes claquent le bitume au milieu d'un étrange silence. Autour d'elle, les rues de Paris offrent une page vide. Vierges de tout être, elles s'étendent devant les pas de la belle, sous le brouillard et la grisaille. Une brume compacte semble avoir pris en otage la moindre parcelle de bitume, comme pour effacer les traces. Ann ne s'en formalise pas. Elle sourit. Ses talons claquent l'hostilité, fermes. Elle sait exactement où elle va.
De fines gouttelettes se sont immiscées jusque dans ses cils. Elles dégoulinent sur son visage, vague substitut de larmes. Annika rit au milieu du silence macabre. Elle tourne à l'angle d'une rue fantôme, mains dans les poches, sourire aux lèvres.
Une enseigne lumineuse impose son autorité au brouillard ambiant. Elle clignote, pareille à une luciole, ou à ces êtres qui font naufrager les navires par leurs factice lueur. Un bateau s'écrase sur le rocher, pas la moindre trace de phare. Ann pénètre dans les studios et plus une trace de porte derrière elle.
Devant son regard, une grande pièce. Ça sent la poussière et le déjà respiré, ces greniers à qui l'on oublie d'offrir une fenêtre. C'est plus lumineux qu'un grenier. Tout le long des murs, de gigantesques projecteurs étalent leur éclat blafard vers le centre. Une simple caméra y est installée, pointée sur elle. Le voyant rouge allumé. Une silhouette mal dessinée se dresse juste derrière. C'est flou malgré la pleine lumière. Sereine, Ann contemple les murs, où quelques photos s'éparpillent, à moitié cachées par les lampes. Un dimanche après midi, une ville bardée de monde. Mademoiselle fronce les sourcils.
Dans un coin de la pièce, un garçon sourit. Il fait tourner un vieil appareil numérique dans ses mains, son regard intense braqué sur elle.
- C'est fini Annika.
- Je m'appelle Ann
- Peu importe. Tu as perdu. Ton frère est là.
- Mon frère est mort.
- Oui mais ce n'est qu'un rêve après tout.
- Mon frère n'a rien à foutre dans MON rêve.

Il rit.

" Mademoiselle ? Mademoiselle ? "
Le rire s'estompait. Sourcils froncés, visage crispé, Ann tentait de le retenir, de s'accrocher à lui pour exiger plus amples explications. Mais déjà, il disparaissait.
Résignée, elle ouvrit les yeux. La blancheur immaculée du plafond agressa son regard, elle protesta d'un gémissement lourd.

- Vous avez fait un cauchemar mademoiselle. Et il est l'heure.

En détournant le visage, elle avisa une femme de chambre, chargée ce jour là de la réveiller aux aurores. La pauvre semblait écartelée entre son devoir et sa peur d'accuser un caprice de star. Un instant, Ann fut bien tentée de le lui offrir, mais elle n'avait pas le cœur à ça. Elle se contenta d'un soupir las, un vague hochement de tête et d'un geste pour la congédier. Un instant, il lui sembla que la vieille dame implosait de son propre soulagement. En voilà au moins une qui démarrait correctement sa journée.
Lève toi et marche. Et n'espère pas compter sur des antidépresseurs. Pas de drogue. Attends que le soleil soit levé pour un whisky.
Elle se redressa, lentement. Victoire.

Deux heures, une douche, trois cafés, quatre cigarettes et une orange plus tard, mademoiselle sortit de sa chambre, fraiche comme la rose. Dieu bénisse l'anticernes. Elle fit une halte à la réception pour régler les derniers détails de son départ et s'en alla affronter le froid d'hiver. Le temps était gris, sec, glacial. Il offrait à Paris une blancheur givrée, de celles que l'on aime à contempler depuis sa fenêtre, au coin d'un feu de bois, et que l'on hait une fois sorti du chaleureux logis. Ann esquissa une grimace désapprobatrice, elle quitta le tapis rouge pour arpenter les rues en quête de sa voiture. Sept heures et vingt et une minutes, une foule compacte de travailleurs s'agitait déjà. Elle songea à son rêve, cette sérénité amère qu'elle ressentait à n'y trouver âme qui vive. Un bref soupir, elle écrasa son écharpe Channel contre son visage pour dissuader d'éventuels admirateurs. Elle ne se sentait pas le cœur à communiquer.

Les courbes noires de sa Beatle se dessinèrent enfin, perdues au milieu d'une ruelle adjacente. Elle fouilla son sac de cuir pour dénicher ses clés et entreprit de mettre sa voiture en marche. Ouverture, dégivrage, installation, chauffage et mise de contact s'orchestrèrent rigoureusement. Lorsqu'elle estima la température confortable, elle partit enfin s'engouffrer dans les embouteillages. Son esprit catalogua le planning de ce jeudi morose tandis qu'elle cherchait une station de radio correcte et poussait le son sur une chanson de Barbara. Elle fredonna naturellement les paroles pour se changer les idées, persuadée que les évènements se devraient d'être abordés à cœur ouvert. Il s'agissait de ne pas assassiner un employé dans la bataille.

Arrivée aux studios avec une avance confortable, elle consuma une dernière cigarette, absorbée dans la contemplation du vide. Comme elle aurait aimé pouvoir exiger des vacances. Un éloignement durable. Mais elle en revenait tout juste, raison pour laquelle elle résidait à l'hôtel en attendant de gagner son nouveau logement. La perspective de devoir supporter la présence de pré adolescents surexcités par leur nouvelle carrière achevait de massacrer son planning. Tout ce qu'elle pouvait encore espérer, c'était une séance photos agréable. De tels miracles étaient rares, mais ils pouvaient arriver.

Elle pénétra enfin dans l'antre du diable et s'étouffa de la chaleur qui s'en dégageait. Les flammes de l'enfer, peut être... La frénésie gagnait peu à peu les divers protagonistes de ce nouvel épisode. On s'agitait, on criait des ordres que personne n'entendait, on réglait les derniers détails. Tout cela, elle y était habituée. Comme cette impression étrange d'être à la fois la vedette et le bétail chaque fois qu'elle y prenait part. Bien sûr, on n'attendait qu'elle, elle était la clé de cette discorde. La raison d'être des studios. Et la marionnette idiote qui n'avait pas son mot à dire, même après treize ans d'expérience.
Son agent l'avisa. Un sourire à la fois rassuré et affreusement perplexe illumina son visage, il se précipita vers elle pour lui apporter le quatrième café de la matinée et la débarrasser des couches superflues. Ce rituel là, elle ne crachait pas dessus, certes.

- Comment te sens tu ma belle ?
- Aussi bien que ce qu'on peut attendre de moi à cette heure indécente, sourit elle, distante.

Il éclata de rire, mais elle ne vit pas l'utilité de prendre part à ces hypocrisies de routine. Et comme elle cherchait du regard la ligne de prêt à porter qu'elle devrait représenter, il lui passa la main dans le dos pour la conduire. Arrivée devant les cintres, Ann examina les différents tissus, n'offrant à l'angoisse de son agent qu'un visage placide. Elle haussait un sourcil de temps en temps, acquiesçait parfois lentement, mais pas un seul sourire ne franchit la barrière de son impassibilité. Ce n'était pas une bonne nouvelle... et il le savait.

- Quelque chose ne va pas ?
- C'est... très impressionnant. Mais ça correspondrait d'avantage à une jeune fille en fleur avide de se faire dépuceler qu'à une femme qui entre dans la trentaine.

Il sembla s'étouffer. Peu importe le degré de son insulte, Ann n'était pas d'humeur à emballer ses phrases dans un joli paquet de minauderies. Elle le darda d'un regard qui exigeait une réponse, ce qu'elle finit par obtenir, à grand peine.

- C'est ... plus provoquant que ce dont on a l'habitude, mais Galliano a tenté d'innover. Comme nous tous.
- Pourquoi avoir accepté une relique s'il veut innover ?
- Il n'a pas accepté Ann. Il a exigé. Il a confiance en toi. Et il n'a donné aucune précision. Il te laisse le champs libre et il espère des merveilles.
- Ça ne répond à ma question.
- C'est cette histoire de presse qui je préoccupe ?
- Écoute moi bien Georges. Je me fiche éperdument de ce que la presse cherche à se mettre sous la dent. Mais tu es payé pour assurer la cohérence de mon travail. Et là, tu es entrain de m'expliquer, la bouche en cœur, que je dois passer outre mon âge et recevoir l'illumination quant à une gamme de vêtements à l'évidence bien trop jeune pour moi. Je suis prête à y passer le temps qu'il faudra mais une question me taraude encore... Aurais tu monté un complot pour être sûr de te faire renvoyer ?
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Laurie Petersen
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptySam 30 Jan - 0:54

« Je suis persuadé que ces vêtements vous iront à merveille, Mademoiselle » entendit-on non loin d’eux.

Laurie qui, tapis dans l’ombre jusqu’ici, avait suivi ce début de conversation.
Laurie le gentleman, Laurie le saint Patron des déesses à la confiance abîmée par les années…

Mais non, il venait tout juste d’arriver, son manteau noir toujours sur le dos, ses gants à la main, une cigarette entre les lèvres. Cette conversation qu’il avait surprise sans doute un peu trop tôt, peut-être un peu trop tard, tout dépendait du rôle que l’on aurait voulu qu’il y face. Héros de la scène? Sauver ce pauvre George qui semblait incapable de trouver de quoi répliquer à la reine de l’image. Sauver le divin modèle qui venait de vexer un des êtres férus de la marque qu’elle avait jugée et qui ne savait comment réagir.
Enfin. Ce qu’il faisait là, lui? Il sortait d’un rendez vous situé dans la pièce adjacente. Quelle curieuse coïncidence. Admettre que sa présence ait un quelconque rapport avec celle du modèle n’aurait pas été sans rappeler un coté groupie qui le faisait frémir.
Cela n’était donc pas le cas. Mais cela tombait bien, ils avaient à parler.

« Monsieur Petersen! » s’exclama le sous-fifre qui discutait quelques secondes plus tôt avec Ann.
Un sourire de l’être nommé. Il avait comme l’impression d’avoir déjà vu cette scène. Cela lui arrivait souvent. C’était sans nul doute dû aux heures de sommeil qu’il n’avait pas : les cernes du jeune homme paraissaient être de plus en plus croissantes, comme autant de souvenirs qui venaient s’empiler sous ses yeux. Pas vraiment glamour, mais paradoxalement, cela faisait partie de son charme.

Un rictus lui fut adressé, bref. Il n’était pas venu pour parler à George, mais pour s’adresser à Ann.
Non, il ne la suivait pas. Il avait suffit d’un coup de fil à son agent : cette femme semblait tout savoir… Ou au moins, tout ce qui concernait son univers professionnel. Laurie n’aurait jamais songé lui demander quels étaient ses compositeurs préférés. Il n’était même pas sûr que cette femme vivait ailleurs que dans son bureau.

Nuit chargée : il l’avait passée entre de beaux draps, Paris avait cela de merveilleux que l’on pouvait toujours rencontrer des personnes avec le sang bleu. Plus dilué qu’en Angleterre, certes, mais promettez au photographe des ascendances avec Louis XIV et vous obtiendrez ses faveurs. Surtout si vous avez la demeure associée. Non qu’il soit vénal : mais quitte à vivre en France, autant en profiter pour faire dans la visite de demeures.
Là n’était pas la question, le pire avait été attendre qu’un taxi vienne le récupérer dans les tréfonds de cette bourgade nommée Fontainebleau. Cela avait prit une éternité. Il aurait presque craint manquer sa cible du jour.

Ann, donc, la divine Ann Traur. Il avait moult fois entendu parler d’elle. Il l’avait déjà aperçue, dans une soirée. A New York, quelques années plus tôt. Rien à signaler, elle ne l’avait alors pas remarqué. Il n’avait même pas eu le temps de l’approcher. Imaginez la mortification.
Insupportable idée que de n’être vu par la plus divine des muses. Et de se faire rembarrer par un agent trop protecteur lorsque, au téléphone, il avait tenté de la shooter, juste une fois. Ou deux.

Elle n’était pas devenue une obsession, loin de là. Juste un joyau à ajouter à sa couronne. Un objectif précis. Laurie Petersen était bien plus qu’un photographe à la mode : il était un être doué. Il voulait le meilleur. Il cherchait le meilleur.

Il était vêtu en parfait gentleman. Avait ses cheveux dorés tirés vers l’arrière, mettant son visage diaphane en valeur, permettant à son regard de ressortir. On aurait pu croire à un serpent, tant sa manière d’être était, pour le coup, doucereuse. Monsieur cherchait à plaire.

Il aspira de longues volutes de fumées, regardant les deux protagonistes. La question était à présent d’agir. Laurie n’était pas du genre à hésiter, mais à l’accoutumée, il lui suffisait de demander pour obtenir ce qu’il voulait. Or cette femme était du genre à avoir ses habitudes. Se laisser caresser par les néons d’un photographe inconnu n’était pas pour à lui plaire.

Preuve : on lui avait déjà dit non.

Il se présenta : « Laurie Petersen ». Il n’aurait pas voulu que l’on ignore son patronyme. Humiliant. Ridicule. Ainsi, tout était fait. Il retint le « pour vous servir », qui lui venait à l’esprit. C’était fou comme il pouvait être ridicule lorsqu’il se mettait à trop réfléchir. Difficile d’apprendre à plaire lorsqu’on a plu toute sa vie.

« Il s’agit du photographe choisi pour la campagne. Du moins, l’un des photographes potentiel. C’est le nouveau Richard Avedon. » Se sentit obligé d’expliquer George. Quel con.

Laurie, quand à lui, se tenait debout près de la jeune femme. Il pouvait reconnaître ses muses à la manière dont il se comportait non loin d’elles. Un peu comme un débutant. Un peu comme un jouvenceau. Il était plus empoté qu’un enfant de 10 ans.

« J’aimerais vous avoir comme modèle, mademoiselle » hasarda Laurie, nourrit de ce besoin de séduire qu’il aimait tant.


Dernière édition par Laurie Petersen le Mer 10 Fév - 11:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyLun 1 Fév - 19:12

On interrompt la mise à mort.
Stupéfaite, Ann s'arrache à la contemplation du visage, mortifié, que lui adresse son pauvre interlocuteur. Qui ignore encore les remontrances d'anthologie signées Ann Traur ? Ces minutes quotidiennes qui vident le périmètre et font fuir les lâches... Existerait il, de nos jours, des gladiateurs prêts à entrer volontairement dans l'arène ?
Georges, qui jusque là ne laissait émaner que quelques relents angoissés, semble soudain exploser d'un soulagement intense. Une brise qui se répand sur tout son entourage et accroît le sourire des figurants. Froidement agacée, Ann braque un regard imperturbable sur l'objet de cette étrange béatitude. Elle accuse avec un certain amusement le geste qui conduit monsieur à se décaler vers son sauveur, comme pour prendre un appui, une main tendue dans l'adversité.
Je te savais naïf chéri, mais à ce point là...

Monsieur Petersen ! Ann ne frémit même pas. Son regard se plisse légèrement, peut être, viscéralement plaqué contre le nouvel arrivant. Elle contemple son visage, où un artéfact de sourire prend forme derrière les cernes et la pâleur. Statue de marbre, elle observe sans ciller le moindre détail de son homologue. Simple humaine, elle se forge une opinion première, sans doute erronée. Le nom de Laurie Peterson a souvent, trop souvent, eu l'occasion de parvenir à ses oreilles, mais jamais elle n'aurait cru devoir accuser sa présence. Surtout pas dans pareille situation. Elle divague un instant sur son faciès, aussi séduisant que dérangeant, étonnée de trouver ses allures fatiguées et démentes tout autant à son goût que l'élégant manteau dont il est revêtu. C'est sans réjouissance aucune qu'elle se force à lui reconnaître du charme, agacée d'être ainsi placée dans la position de celui qui découvre. Terriblement inconfortable.
" Laurie Petersen "
- Je sais.

Bref. Lapidaire. Son propre visage s'étire d'un sourire courtois, dans lequel une subtile hostilité transcende. Il faut être fin pour la discerner, mais elle ne s'en inquiète pas. Contrairement à Georges, dont le ravissement s'amplifie encore à sa réaction, le photographe n'est pas réputé son idiotie. Pourtant, elle reste bonne joueuse. Prononcer ces mots est une preuve d'humilité autant que de volonté d'en finir. Et c'est parce qu'on lui a, par le passé, fait l'éloge de cet étrange Photographe, qu'elle n'a pas encore écourté l'échange. Elle s'incline l'espace de quelques secondes et le laisse plaider sa cause.
Richard Avedon. Le con, certes. - Oh, vraiment ? Pour le coup, même Georges est parcouru d'un léger doute. Aurait il fait une bêtise ? Renforcer l'égo excessif que l'on prête à un photographe en pleine approche de celle qu'il voudrait prendre comme modèle, ce n'est pas très fin. Ann se refroidit déjà. Elle n'aime pas cette façon d'aborder les choses. Elle préfèrerait qu'on lui ordonne de travailler avec cet homme plutôt que de se laisser entendre des mérites qu'il n'a pas prouvés. L'opinion première est façonnée, nourrie par la cigarette que monsieur tient avec nonchalance et cette réputation méprisable qu'on peint souvent de lui. Humain trop humain, certes. Elle n'a pas la prétention de se croire plus philosophe que ses pairs.

Pourtant, l'espace d'un instant, il semble émaner du Photographe un emprunt... d'hésitation. Une humilité qui dérange le système et contredit les préjugés. Contagieux ?
Certainement pas.
Cette image de femme implacable ne s'est pas faite toute seule.
Pourtant.

La sentence tombe enfin. Cartes sur table. Ann baisse légèrement le regard, par respect pour cette nouvelle note, plus agréable à entendre.

- Georges, pourrais tu nous laisser une minute ?

Naïveté toujours, il acquiesce vigoureusement, un sourire triomphant sur les lèvres. Ann le regarde s'éloigner, un crachat de culpabilité distillé dans son âme contorsionnée. Pauvre Georges.

- Richard Avedon ? sourit elle finalement, les yeux à nouveau plongés dans l'encre de leurs frères. Dommage que je n'aie rien d'une Marilyn. Vous permettez ?

Elle tend la main vers la cigarette qu'il tient encore. Déjà, ses doigts le frôlent pour s'en emparer. Ann est cruelle. Elle ne prend pas de gants. Dans ce milieu, on pourrait dire qu'elle a passé l'âge. Loin d'être capricieuse, elle sait pourtant le feindre à merveille.
Mademoiselle arrache un volute sensuel à l'insolente et reprend enfin, mariant feu et glace sans aucune considération.

- Votre réputation n'est plus à refaire monsieur Petersen, et ce quelque soit le domaine. Si ça ne tenait qu'à moi, je vous laisserais volontiers assouvir vos désirs les plus fous, mais il se trouve que cette séance est importante pour ma carrière. Je ne vous fais aucune confiance... J'irai même jusqu'à dire que je me méfie de vous comme de la peste. Et je n'aime pas les expérimentations hasardeuses. Je vous conseille donc vivement de trouver un autre caprice.

Elle tire une dernière bouffée et jette la cigarette à moitié consumée dans son café froid.

- On ne fume pas dans les lieux publics.

Ann lui fourre le verre entre les mains, arrache le premier vêtement qui se présente à elle et s'éloigne sans un regard en arrière, direction les piètres loges. La pointe d'hésitation, de regret ou toute autre absurdité, qui lui tord le cœur, est ignorée avec panache. Elle n'a pas pour habitude d'écouter son instinct.
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyVen 5 Fév - 23:20

Elle savait. Le visage du photographe se fend d’un sourire, très léger, très discret. Elle connaît son identité, le plus dur est donc fait. Laurie est flatté. Si l’Allemande connaît son identité, elle connaît aussi, sans doute, son travail. Il n’en est pas peu fier, ne s’en rengorge pas mais est conscient de ses qualités en tant que photographe. N’allez voir en cela aucune prétention, il ne s’en vantera de toutes manières jamais : ses photos parlent pour lui.
Évidemment, il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui déroule un tapis rouge. Pourtant, rares sont les fois où il doit s’efforcer de plaire. En quelque sorte, c’est pour lui un nouveau jeu, qu’il n’accepterait en aucun cas de perdre.
Pour lui, George n’existe en aucun cas : c’est à peine si il fait attention à l’homme maniéré qui est à leurs cotés. Un objet du décor, un vulgaire vêtement doté de la parole. Un lèche bottes.
Elle lui demande de quitter la pièce et l’autre obtempère. Laurie ne le regarde pas partir à pas pressés, comme si il avait hâte de s’éloigner de quelque chose d’éminemment supérieur à lui. Pourtant, le bruit de ses talons résonne encore quelques secondes dans la large pièce.

« Richard Avedon ? Dommage que je n'aie rien d'une Marilyn. »
« Avedon ou un autre, je me serais contenté de moins » Répondit-il, sans paraître une seconde feindre la modestie. Se comparer à d’autres serait une erreur. Si Laurie appréciait généralement le travail de ses confrères, cela ne lui venait généralement qu’après leur mort. Il voyait ses contemporains comme de vagues pensées capables de figer les images à leur manière.
« Vous permettez ? »

Elle lui prend la cigarette qu’il a entre les doigts. Le contact, infime, lui donne aussitôt envie de plus. Il ne souhaite alors que la posséder, corps et âme. Elle ferait une muse divine. Si l’existence était autre chose que cette mascarade dans laquelle il plongeait au quotidien, elle serait déjà à lui. Hélas, il faut séduire. Autrement, le jeu n’en serait plus un. Et les êtres comme lui n’auraient plus de raison d’être.
Il la regarde, immobile, aspirer une volute de fumée de sa bouche tentatrice. Son visage, redevenu impassible, ne montre rien de ses pensées. Il serait hors de question qu’elle se sente en position de supériorité.

« Assouvir mes désirs les plus fous? »
J‘aimerais avoir ta bouche, penses-tu que ce souhait soit assez modeste pour me le voir accordé?.

Hélas, pour le moment, il lui faudra se contenter de moins. Depuis quand avait-il ce genre de pensées défaitistes? Pour un peu, il se serait pensé commun. Il fit un pas vers elle, son regard vert détaillant effrontément le visage parfait. Un regard de professionnel.
Une ombre étonné couru sur son visage : « Voyons, j’ai lancé pas mal de carrières, pourquoi penser que je pourrais ébranler la votre, mademoiselle? ».

Il savait qu’il n’était pas le seul photographe en vogue du moment. Peut-être même avait-il le préjudice d’être né trop tard. Il était plus jeune que la plupart des grands noms, ce qui pouvait lui valoir quelques malus sur la liste des pro/con qu’elle pouvait dresser. Pourtant… il la voulait. On ne le dirait pas assez. Et comme toujours, lorsqu’il voulait quelque chose, il se glissait dans la peau du personnage le plus adéquat.
Attrapa le verre, une lueur dans les yeux. La regarda s’éloigner pendant quelques secondes, avant d’abandonner le gobelet dans un coin et d’allumer une nouvelle cigarette.

« Vous serez ma Marilyn » décida-t-il alors qu’il entendait une porte claquer. Glissant ses gants dans une de ses poches, il emprunta la direction où il l’avait vue disparaître.

Qui donc sinon lui pourrait faire ressortir ce regard obstiné qu’il lui voyait? Cette mélancolie qu’elle empruntait à l’age mais qui cachait tant d’autres choses? Bien sûr, si il avait grandi poète, il aurait pu le lui déclamer avec emphase, mais cela n’était pas de son goût, la gentillesse serait pour elle un symbole de pitié, alors qu’il voulait la faire renaître en œuvre d’art, la sienne.

Le couloir étroit avait trois portes. Sur l’une d’entre elle était inscrit le nom d’Ann. Il faisait sans doute un peu trop froid, les lieux étaient sans doute un peu trop vide. Tout cela avait un coté lugubre. Avalant sa nicotine, le jeune homme se demandait comment l’attirer dans ses filets. Pourquoi en choisir un autre alors qu’il était là? Alors qu’il ne voulait qu’elle? Il ne l’accepterait pas, c’était clair. Alors, quoi?

De l’index, il toqua deux coups brefs.

« Vous me refusez sans pourtant savoir ce qu’il vous faudrait vraiment. Vous pensez n’être plus la même qu’autrefois sans songer une seconde que vous vous trompez. Vous ne faites que sombrer dans l’échec, en écoutant d’imbéciles qui ne savent rien de vous. Nous ne nous connaissons pas, mais je pourrais vous raconter des histoires dans lesquelles vous vous reconnaîtrez, car vous êtes de celles dont le regard ouvrent l’esprit de ceux qui veulent bien se laisser faire »

Il aspira un peu de nicotine. Son téléphone sonna. Il le coupa. A peine 8 heures et son agent commençait son harcèlement toxique.

« Je vous attends »

Appuyé contre le mur blanc, il acheva sa cigarette.
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyDim 7 Fév - 23:44

Tu te trompes.

La porte claque. Ann s'immobilise enfin, le corps tendu, presque tremblant. Seule, elle peut laisser son visage se contracter d'une fureur glaciale. Sans aucun spectateur, elle parvient enfin à se compresser les tempes, dans une vague tentative de retour au calme. Sa colère l'agace, elle tique et s'assoit brutalement face à son miroir, fuit son reflet l'espace de quelques secondes, le temps de retrouver le contrôle. Pourquoi un tel débordement tout à coup ? Ce qui n'était au début qu'un semblant d'hésitation vient de se transformer en une rivière de doutes, et tout cela grâce à la présence d'un seul homme. Trois phrases échangées. Elle est submergée par sa propre incompréhension, enragée qu'il ose être si séduisant alors même qu'il vient d'ébranler toute sa journée. En a t'il seulement conscience ? Non, bien sûr que non... il faudrait qu'il soit, comme elle, fou d'angoisse à la seule idée de croiser son reflet dans une glace. Qu'il ait été capable de faire une montagne avec quelques cailloux semés sur sa route, par le simple fait d'un déterminisme stupide. Qu'il soit perdu, tout simplement. Et perdu, il ne l'est pas.

Mademoiselle ose enfin lever les yeux vers son miroir, pour ne croiser qu'un visage fatigué, encore. Parsemé de l'angoisse que pourrait ressentir une adolescente avant son entrée en scène. Ça, c'est nouveau. Elle ne s'était pas vu ces airs infantiles depuis bon nombre d'années. Réveille toi ma fille, tu es pathétique. On t'a tiré le portrait des dizaines de milliers de fois, alors quoi... La presse ? Ann laisse échapper un ricanement amer. En ouvrant le tiroir de sa table miteuse, elle déniche un paquet de cigarettes, dont elle allume l'une des composantes avec soulagement. La presse. Après tout, ce n'est pas si incohérent. Si on a déjà pu, il fut un temps, la convaincre que sa carrière était la dernière chose pourvue de sens, alors on peut aisément la persuader qu'elle n'a plus aucun sens. Lui donner cette envie irrépressible de fuir sous peine de mort par étouffement, et de ne plus jamais croiser ni caméra, ni appareil, ni même un regard un peu plus habile que les autres. Imbécile de Photographe. Tu ne pouvais pas me laisser me complaire dans ma médiocrité ?

On toque à la porte. Elle s'apprête à renvoyer l'éventuel visiteur, mais il a le verbe plus prompt à sortir. Les paroles se distillent, vénéneuses, amplifiant encore d'avantage sa colère et sa révulsion. Elle arrache une bouffée cinglante à sa cigarette. Il est plus facile de lui en vouloir à lui, après tout. Et c'est un motif suffisant pour mettre un barrage solide entre lui et ses désirs les plus fous. Comment a t'elle pu être assez stupide pour dire ça ? Elle secoue la tête, désabusée, se laisse aller à un soupir vain. Tu vas attendre longtemps.

Peut être qu'au fond, elle aimerait croire qu'il est dans le vrai. Même si ce n'est pas le cas, même s'il n'a aucune idée des idioties qu'il vient de s'extorquer pour la convaincre, l'idée est assez séduisante. Dérangeante. Au moins, il reste fidèle à lui même. Le regard de mademoiselle dérive sur son miroir, laissant de côté l'exaspération qu'il peut ressentir à se contempler lui même hésiter. L'incompréhension s'estompe, remplacée par un choix désagréable. Tendre la main à un serpent, au risque de ne plus être capable de se reconnaître, ou de reconnaître au contraire des choses trop profondément enfouies. Ou bien refuser, lui faire ravaler son propre poison et s'en retourner à la certitude de ses médiocres acquis. S'oublier soi même ou accepter de se mépriser définitivement. Elle rit encore, allume une autre cigarette. Tout ceci est inutilement compliqué. Et ce prince charmant ne remplit pas vraiment les options de base.

Trois cigarettes. Les lumières sombres et les murs jaunâtres s'estompent derrière la fumée qu'elle renvoie dans sa minuscule loge. Le reflet commence à prendre des airs embrumés, lui aussi. Elle jette un regard à sa montre, esquisse une grimace désapprobatrice. Peut on considérer que 8h22 est une heure suffisamment tardive pour un whisky ? Plus aucun bruit dans le couloir, le Photographe doit avoir renoncé. Le choix est fait, ironique mais plutôt confortable. Épuisée, elle se lève au milieu de sa fumée nauséabonde et ouvre la porte de sa loge, encore en tenue civile, les vêtements de couture posés sur l'avant bras. Séance reportée. Elle se connaît assez pour savoir qu'on ne tirera plus rien d'elle.
Et en sortant, elle accuse, encore, la présence de monsieur, planté dans le couloir. Ébranlée, elle s'immobilise. Un haussement de sourcil lui fend le visage. Et c'est un rire amusé qui le remplace lorsqu'elle constate le mégot écrasé aux pieds du photographe.

" Le narcissisme névrotique, c'est un peu has been vous savez. "

Coincée. Si seulement il y avait eu des fenêtres dans sa loge, elle aurait fui comme un voleur. Dérangée à nouveau, elle entrevoit dans un soupir bref l'once d'une échappatoire. Si la vue de cet homme est pour le moment insupportable, elle aurait le mérite de dissuader les éventuelles questions quant à sa fuite intempestive. Ann plonge son regard dans le sien, réticente, quoique trop déstabilisée pour monter sur ses grands chevaux cette fois ci. Ses sourcils se froncent simplement, rechignant l'idée que ces yeux là puissent un jour songer à l'immortaliser. Beaucoup trop talentueux, aussi pitoyable que cela puisse paraître.

" Vous devriez me redescendre de mon piédestal. Mais puisque vous tenez tellement à ce que je le fasse pour vous, nous allons en discuter entre adultes responsables. Un verre. Quinze minutes. Je présume que vous n'avez rien contre l'alcool à huit heures du matin. "

Un dernier regard et Ann fait de nouveau chemin vers l'arène. Sous l'œil décontenancé du pauvre Georges, elle repose les fripes à leur place, récupère ses propres affaires, attend que Laurie regagne sa hauteur et sort sans une once de remord. Il lui semble entendre l'agent esquisser l'ombre d'un " mais ", elle ne s'en formalise pas. D'ici deux heures, elle aura retrouvé le courage de se confondre en excuses.
Une fois la porte ouverte, elle savoure l'air de la capitale avec un soulagement qu'elle peine à dissimuler. Un brouillard léger s'est installé, remplissant l'air d'une pluie fine, qu'elle accueille avec reconnaissance. Ses mains arrachent une nouvelle cigarette à son sac, qu'elle allume prestement avant de se mettre en route. Le chemin est parcouru sans une parole échangée, sans même qu'elle ne pose les yeux sur lui. Elle ne veut pas savoir. Qu'il soit triomphant, exaspéré, impassible ou encore extatique, elle préfère l'ignorer. La simple idée qu'elle puisse susciter chez lui l'ombre d'une émotion réveille un agacement troublé qu'elle ne domine pas encore.

Quelques cinq cent mètres plus loin, elle jette sa cigarette et franchit les portes d'un café aux allures désuètes, l'un des milliers qui parsèment les rues de la capitale. La seule différence avec les autres, c'est qu'elle est une habituée et qu'elle a réussi à convaincre le tenancier d'ajouter quelques produits à sa carte. C'est dans un sentiment de confort précaire qu'Ann s'avance donc au milieu des tables, après s'être assurée que son collègue a la porte ouverte sur son passage. Elle s'installe derrière l'une d'elles, légèrement en retrait, coupe son portable déjà vibrant en attendant que monsieur prenne place en face d'elle. Quelques secondes plus tard, le patron lui même vient les accueillir d'un sourire chaleureux.

" Ann ! Et moi qui croyais que t'a carrière t'avait définitivement exilée.
- J'aurais préféré, mais non. sourit elle, complice, déjà plus naturelle que tout ce qu'elle a pu laisser voir depuis son réveil.
- Un café peut être ? "

Il adresse un sourire cordial à Laurie et part dans un rire lorsqu'il entend mademoiselle décliner le café et préférer sa consommation habituelle. Elle demande d'ailleurs la bouteille, sans même chercher à savoir ce que le Photographe aurait préféré boire. Il n'est pas en terrain conquis et même si cette pratique est basse, elle préfère le souligner jusqu'au bout. D'autant qu'un Chivas est un façon plutôt correcte de prouver son hostilité.
La bouteille leur est donc amenée prestement, les verres remplis de leur première salve. Ann empoigne le sien, elle s'appuie plus avant sur son dossier et lui adresse un regard froid, quoique teinté d'une bonne foi respectueuse.

" Il y a cinq ans, j'ai demandé à mon agent de refuser tout photographe doté d'un talent supérieur à la moyenne, immédiatement après qu'elle m'ait fait part de votre demande. Quoiqu'en ce qui vous concerne, elle avait pris l'initiative toute seule. Je suis de ceux qui trouvent la médiocrité confortable dans certaines mesures monsieur Petersen. Et si je l'ai fait, c'est précisément pour ne pas avoir à... " ouvrir le regard " d'un autre. Les professionnels dénués de fibre artistique ont l'avantage de faire les choses professionnellement, sans chercher à creuser trop loin et sans prendre d'initiative dangereuse. Alors vous avez raison, cette décision me rattrape et remet en question la qualité de mon travail. Mais je ne sais pas très bien quel mal est le pire, entre laisser sombrer lentement ma carrière et la remettre dans les mains d'un petit génie conscient de son talent et de ce qu'il est capable de m'extirper. "
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptySam 13 Fév - 1:07

Aux premiers abords, Laurie apparaissait comme quelqu’un de volage. D’inconstant. De narcissique. Connaître le jeune homme donnait à s’apercevoir qu’il avait des principes, peut-être différents de ceux de la majorité de la population, mais des principes quand même. Et qu’il s’y tenait, depuis qu’il était en âge de se rendre compte que, lorsqu’on appréciait quelque chose, il était ridicule de le laisser tomber.
Il aimait la chair : voilà pourquoi il multipliait les conquêtes. Son travail était au cœur de son existence, ce qui expliquait pourquoi il ne se fatiguait pas à travailler pour des personnes qui voulaient de lui ce que n’importe qui pouvait produire.
Et si il était connu pour son humeur chimérique… Et bien, cela ne dérogeait nullement aux points précédents.
En clair, il était un être profondément conservateur et n’allait jamais contre ses principes. Or, Ann Traur était l’incarnation de ces principes : modèle idéale, muse inespérée, elle était aussi une créature divine qu’il comptait bien parvenir à posséder. Voilà pourquoi il attendait, au risque de passer pour fou aux yeux des personnes qui osaient déambuler dans ce couloir.
Elles n’étaient certes pas nombreuses. En réalité, il n’en avait croisé qu’une, depuis qu’il était là, debout près de la porte, dans ce couloir sordide. Une femme de ménage qui avait prit du retard et qui l’avait gratifié d’un signe de tête, avant de s’éloigner comme une petite souris. Ah, et George qui était revenu à grands pas, songeant sans doute que l’intermède avait prit fin et qui avait déguerpi d’un signe du photographe qui n’avait pas l’intention que ce parasite ne compliquer une situation qui s‘avérait déjà difficile.


Il allume une nouvelle cigarette, le mégot de la précédente ayant été abandonné au coin d’un radiateur. Il ne dit rien, préférant attendre patiemment à la manière d’un renard qui attendrait que sa proie finisse par quitter son terrier. Le temps passe et il songe qu’elle a peut-être filé ailleurs, le silence est la seule musique qu’il entendait à présent. Aurait-il perdu son temps? Non. Un rire en sort : se moquerait-elle de lui? Impossible.

Et puis, enfin, un cliquetis. Une poignée qui se baisse. La belle envahit le couloir de sa gracieuse présence et paraît surprise de l’y voir encore.

Victorieux, il a gagné sa première bataille. La patience est l’un de ses points forts. Ann se met à rire. « Pensiez vous que j’étais un menteur? » . Être has-been, il s’en fiche un peu. Et si le narcissisme n’a rien à voir dans cette histoire, avouons que la névrose y mérite une belle place.
Mais, sans névrose il n’y aurait pas d’art.

Nouvelle surprise : elle lui propose un entretien. Son délai s’allonge, l’espoir d’immortaliser Ann, la grande Ann grandit. Laurie est ravi. Hoche la tête silencieusement.

A nouveau, j’ai 15 ans. A nouveau, le temps est venu de séduire la reine du lycée, celle qui est en dernière année, a tout pour elle et ne demande rien à personne. L’adolescence n’était pas une si mauvaise période, puisque c’est celle où l’on apprend à découvrir ses limites.

Il se passe de tout commentaire. Un whisky à 8 heures du matin, c’est une mauvaise idée. Nombreuses sont les personnes pour lesquelles l’alcool a fait des miracles. Il les a rendu plus forts, plus beaux, plus vifs. Ensuite, ils sont redevenus plus ternes et tristes que des pantins sans vie. Ils perdent le contrôle.

Laurie garde son avis pour lui. Il aura tout le temps de lui faire part plus tard, lorsqu’elle sera prête à écouter. En attendant, il lui emboîte le pas.

Ils finissent pas pénétrer dans un café, situé non loin. Ann est accueillie comme la maîtresse des lieux. Étonnant de voir le contraste entre la froide créature du studio et la jeune femme qui discute chaleureusement avec le patron. Elle paraît vivante. Laurie adresse un signe de tête à l’homme qui paraît en savoir plus sur Ann que la plupart des personne qu’il a auparavant questionnées. Il se promet de revenir plus tard. Songe qu’il lui faudra sans doute des jours entiers pour parvenir à faire cracher à cet homme les histoires que cachent le visage impassible du modèle.

Elle demande une bouteille. L’homme fait demi tour, songeant sans doute que l’invité de sa « protégée » prendra la même chose.

Laurie ne boit pas d’alcool. Ça le rend malade : un peu comme si on donnait du sucre à un hyperactif. Si la névrose le frôle sans cesse, la démence le dévore au moindre verre avalé. Il ne supporte pas cette perte de contrôle.
Mais il attend; que le serveur revienne. Qu’Ann prenne la parole. Il ne tentera pas le premier de la convaincre : il est plus sage d’attendre ses arguments et de les démonter. Il pose son manteau sur le rebord de sa chaise, dévoilant un pull over tout aussi noir que le vêtement qu’il vient de quitter.

La bouteille arrive. Les verres sont servis : il jette à peine un regard au sien. Son attention est prise par Ann, qui vient de prendre la parole. Il sourit. Il grimace. Il lève les yeux au ciel : tout cela intérieurement. Voilà, son âge lui porte préjudice et aussi son talent. Son visage reste impassible, ses yeux sont posés sur son interlocutrice.

« Je suis désolé, Mademoiselle. »

Il appelle d’un geste un serveur qui passe non loin d’eux. Demande une tasse de thé.

Il s’est excusé de ne pas avoir la cinquantaine, de savoir faire son travail, d’être peut-être un peu avant-gardiste, de ne pas plaire à tout le monde.

« Vous craignez donc les retombées que mes photos pourraient avoir… » constata-t-il, alors que l’on déposait devant lui le thé qu’il avait demandé. « Ne vous inquiétez pas, en dépit de mon ‘jeune age’ je ne souhaite pas donner de vous l’image, et je reprend vos mots, d’une jeune fille en fleur avide de se faire dépuceler » Il sourit. « Néanmoins, je vois en vous autre chose qu’une vulgaire… poseuse. Vous êtes capable de tellement plus et vous avez fait beaucoup plus. Ce que je veux, ça n’est pas vous faire grimper une montagne, mais vous faire dépasser l’idée que vous paraissez avoir de vous. N’importe quel photographe peut vous prendre en train de sourire pour la postérité. Moi je veux vous photographier telle que je vous voit actuellement. Je veux vous rendre vivante. »

Il se tut. Observa son thé durant quelques secondes, avant d’y tremper ses lèvres.

« Excellent » murmura-t-il.

Évidemment, la situation est compliquée. Plus compliquée que celles auxquelles il a habituellement affaire. Aurait-il accepté qu’un de ses modèles boive devant lui? Voyons, tous les mannequins étaient plus ou moins dépendants à quelque chose. Il s’agissait d’un métier extrême. Pourtant…

« J’aurais aimé savoir de qui vous vous cachez. Peut-être que l’alcool a fait de vous celle qui craint le regard des autres. » Il pousse le verre de Chivas qu’on avait posé devant lui. « Vous pouvez prendre le mien ».

Contradictoire. Il n’était pourtant pas en train de faire une quelconque leçon de morale. Il remarquait, seulement. Peut-être qu’il s’agissait d’une phrase de trop.
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyDim 14 Fév - 16:31

Spoiler:
 

Dans chaque meurtre, il faut un complice. Un témoin. Un homme caché dans l'ombre qui souffrira toute sa vie d'avoir été au mauvais endroit au mauvais moment.
Le tenancier de ce café désuet est l'un de ceux là, ceux dont la personnalité semble avoir été créée pour se détruire sur quelques dilemmes cartésiens. Il a tout vu, connaît tous les détails sans que rien ne lui ait été explicitement révélé, pauvre narrateur omniscient et obligé d'emporter ses récits dans la tombe. Le premier jour où Ann et son premier, son dernier amour, se rendirent au travail, ils lui commandèrent deux cafés crèmes. Une expérience nouvelle qui devint un rituel. Il assista aux commentaires que chacun lisait de lui dans la presse, rit avec eux de cette plaisanterie qu'est l'Article de Mode. Il entendit beaucoup de promesses. Assista au spectacle de deux jeunes amants dans la fleur de l'âge, devenus incapables de regarder véritablement l'autre. Ou obligés de le regarder trop longtemps, au contraire. Il s'étonna de voir Ann venir seule pour la première fois, après une longue absence, la réconforta sur le départ de son homme. Il reviendra. Un soir, celui d'une reprise de travail après les longues vacances à Miami, il la vit franchir la porte de son bar, encapuchonnée, supplier pour une arrière salle déserte. Trop de témoins ailleurs. Il fit toute la ville à la recherche de cette bouteille de Chivas qui n'était pas encore sur la carte. Et ramassa la pauvre gamine lorsqu'elle finit à moitié morte, noyée dans l'alcool.
Un jour, elle franchit de nouveau les portes, ses choix ancrés jusqu'au plus profond de son regard assassiné. Il devint complice du suicide. Et promit silencieusement de ne jamais être témoin.

- Inutile de dramatiser. L'alcool n'est qu'un symptôme parmi tant d'autres. Connu et revendiqué, d'ailleurs.

Ann est tentée d'éclater de rire mais elle se retient. Trop incorrect, peut être. Tout son sarcasme réjoui par ce qu'elle vient d'entendre, pour empêcher le reste de hurler au scandale, elle contemple la tasse de thé qui fume désormais sous son regard. Voilà qui était follement inattendu. Inespéré. Le pathétique dans lequel cette simple tasse la plonge est une ironie qui se doit être savourée, après tout. Presque autant que le portrait dont elle vient d'être sujette. La phrase de trop, certes. Beaucoup de phrases étaient en trop, mais la dernière était la pire de toutes. Sans doute devrait elle se sentir flattée que la vision d'un inconnu à son envers soit si élogieuse. Enfin... la vision qu'il peut avoir de ses capacités. Mais au contraire, le moindre mot de ce discours lui donne de nouvelles envies de meurtre. Comme elle le craignait, cet échange devient disproportionné.
Elle boit. Savoure. Enrage. Jubile.

Il veut la photographier, la rendre vivante. Un homme capable de surmonter ses problèmes est il à même de comprendre que l'on puisse mourir sciemment ? Comment le piédestal prendrait il l'idée qu'un jour, mademoiselle ait pu se contempler dans son miroir, et choisir la mort lente plutôt qu'un épuisant combat pour sa dignité ? Mais ce photographe ne semble pas, contrairement à ce qu'elle craignait, soucieux de savoir pourquoi elle est morte. Il veut juste remédier à la situation et faire de son exploit une œuvre d'art. Il prend le problème par le mauvais bout et tous deux se briseront les dents sur son échec. Un spectacle qu'Ann ne raterait pour rien au monde. Si pour avoir la paix, elle doit prouver qu'elle est lâche et méprisable, elle le fera sans aucune hésitation. Disproportionné. Exagéré. S'il n'avait pas eu la lubie de vouloir plus qu'un simple sourire pour la prospérité, ils n'en seraient pas là.
Deuxième gorgée. Le silence s'éternise. Un sourire figé sur les lèvres, mademoiselle divague paisiblement. Elle s'étonne qu'on ait pu l'insulter autant tout en la gratifiant tellement. Avec un peu moins de fierté, un peu plus de bonne volonté peut être, elle pourrait reconnaître ces quelques conseils. Mais non. La seule chose qui traverse son esprit contorsionné, c'est une furieuse envie de se débattre. Pourquoi ? Pour avoir raison.
Tu es désolé ? Pas autant que moi.
Elle se penche et pose les bras sur la table pour le regarder à nouveau, son chemisier blanc dévoilant sa gorge diaphane, à peine la naissance d'un sein. Un sourire est planté sur son visage, entre complicité et révulsion, calme et apogée de violence.

- La question, c'est pourquoi. Est-il si éblouissant d'être Ann Traur dans vos yeux que vous ne vous sentiez obligé de le l'exhiber avec tant d'ardeur ? La belle égarée, terrifiée par le regard des autres, qui pourrait faire tellement plus, si seulement elle se donnait la peine de prendre la main que vous tendez… Moi qui avais peur de vous entendre dire quelque chose que je ne savais pas encore.

C'est bas. C'est insultant. Glacial. Ce n'est qu'une réponse aux propos qu'elle vient d'entendre, au jugement qu'il se permet de tenir sur elle. Un photographe devrait être objectif. Un mannequin, sans aucune opinion sur celui qui le mitraille. Mais leur échange était dénaturé dès la première phrase échangée et, puisque l'originalité prime, autant pousser le blasphème jusqu'au bout des ongles. Derrière elle, Ann peut sentir le regard se son complice, appesanti par la désapprobation. Il ne veut pas assister à un nouveau meurtre, il fatigue. Lui qui pensais à un mieux en la voyant franchir pour la première fois ses portes avec un autre homme. Il espère ne pas s'être trompé. Et la voix de mademoiselle s'élève, encore, assassine.

- Je ne tiens même plus à connaître vos motivations, vous risqueriez de m'insulter à nouveau. Mais je vais vous faire une confidence qui vous aidera peut être. La seule personne dont je rejette le regard, c'est moi. Malgré tout, je ne suis pas certaine que vous soyez capable d’en tirer une conclusion plus adaptée. Donc si vous tenez tellement à photographier une femme qui n'existe que dans vos fantasmes, à la bonne heure, vous le ferez avec beaucoup de talent. Et elle aura au moins le mérite de m'amuser.

Ann finit son verre.
Une revirement de situation. Au fond, la décision commence à prendre des allures positives, même si ses motivations sont plus rebutées que jamais. Une vengeance la fera tenir plus sûrement qu'une cure de bonheur au pays de la Bohème. Au nom de tout ce métier qu'elle ne pratique plus que par fierté, du nombre incalculable de bonnes âmes persuadées qu'elle pouvaient faire de bons choix la concernant, sans aucun autre intérêt que le leur, elle réclame vengeance. Même si celui là est plus intelligent, plus séduisant et même beaucoup plus intriguant que les autres, c'est à travers lui qu'elle entamera l'explosion du mythe. Elle redevient plus formelle, plus normale, ou en tout cas moins difficile à suivre. Son attitude se fait professionnelle, de celles qui posent calmement les conditions, entre adultes responsables.

- Il n'y a qu'une règle que j'impose à ceux qui me photographient : je prends la décision. A part vos assistants, personne ne voit les photos avant moi et rien ne paraît dans la presse sans mon accord. Je vous préviens, le seul photographe à jamais avoir tenté de passer outre a dû me verser énormément d'argent. C'est juste un contrat de confiance pour me permettre de laisser son entière liberté au photographe. D'autant que j'estime votre travail beaucoup plus que vous et qu'à partir du moment où j'aurais donné mon accord, je me sais capable de me plier à la moindre volonté. Tout du moins dans le cadre professionnel.

Un sourire charnel dessine un instant la courbe de ses lèvres. Elle prend le verre abandonné par son collègue et le porte à sa bouche, indéchiffrable. Contradictions. Mais cet homme semble voué à réveiller ses pulsions les plus démentes. Et si la lutte doit se poursuivre jusque dans une couche, tant mieux. Le sexe intensifie les rapports parfois bien plus que l’amour. Lorsqu’on en joue la carte, une simple chasse peut devenir véritable guerre froide. Laurie Petersen ressortira de cette expérience écorché jusqu’au plus profond de sa fierté, révulsé d’avoir un jour trouvé quelque charme à Mademoiselle Traur. Il la méprisera comme il n’a jamais méprisé personne. Et Ann jouira d’avoir détruit la seule estime qui aurait éventuellement pu la sauver de son propre dégoût.
Les Liaisons Dangereuses, ça te parle ?

- Il doit bien y avoir une feuille et un stylo dans ce bar, si vous acceptez de mettre le contrat sur papier et de le signer. Dans le cas contraire, je ne vous retiens pas.
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyMar 16 Fév - 14:32

Laurie se muait en grand moralisateur. Lui qui avait perverti tant d’âmes n’appréciait pas de voir Ann Traur se vautrer dans l’alcool dès l’aube. Ou presque. Pourtant, combien de fois avait-il poussé un verre devant quelqu’un qui n’en avait à priori pas envie, d’un sourire amène des plus malsains? Non. En réalité, c’était faux. Laurie offrait des verres mais ne choisissait que rarement pour autrui. Que connaissait-il, en alcool, de toutes manières? Si autrui se laissait pervertir, cela n’était pas de sa faute. Son rôle avait, jusque ici, consisté uniquement à faire découvrir à ses proies leurs extrêmes. Pourtant… Les excès le fatiguaient aussi, où plutôt, l’état dans lequel les gens se mettaient lorsqu’ils avaient trop bus. Qu’ils s’étaient trop drogués. Cela le dégoûtait, au point qu’il s’en aille sans un regard, sans une remarque, sans un coup de téléphone aux urgences : là se réveillait le salaud. Peut-être que cela expliquait tout : il ne voulait pas que sa muse soit autre chose qu’elle-même : il ne voulait pas d’une ivrogne, ne voulait pas jouer les nourrices, ne voulait pas photographier une épave. C’était ringard, il ne vivait pas avec son temps : nous étions en ces temps où dépravation rimait avec célébrité.

Mais, il parle trop, s’excuse trop, sourit trop. Pourtant, il faut que l’un des deux le fasse. Que l’un des deux attire l’autre. Elle lui répond, sa mâchoire se serre. Il aspire un peu d’air, il a besoin d’une cigarette. Les nerfs? Sans doute. Il en arrive à ce stade où son esprit s’agace. Bientôt, il en viendra à penser ses fameux mots de prédilection : Je suis fatigué. Pourtant, il ne peut se permettre de quitter cette conversation : tout ceci n’aura été qu’une perte de temps et Ann Traur est trop précieuse à son esprit pour qu’il se permette de l’abandonner. Il boit une nouvelle gorgée de thé. Se tait. Elle reprend la parole, l’agace encore plus : le petit garçon qui déteste avoir tort est mis en face de ses erreurs.

Elle finit par accepter et lui sent ses nerfs le torturer. Il n’a pas dit un mot depuis qu’elle a ouvert la bouche. Pèse le pour et le contre en silence. Bien sûr, qu’il peut se tirer. Elle l’a vexé, elle le prend pour un vulgaire individu. Un mec normal, qui veut l’emmener dans les sphères ridicules d’une existence saine bourrée de galettes de maïs et d’on ne sait quoi d’autre.

Mais enfin, elle a fait un choix.

« Soit. »

Il est difficile d’imaginer comment deux personnes ayant un tel besoin de contrôle pourraient parvenir à travailler ensemble. Il pourrait envisager les contraintes que pourraient, à l’avenir, lui poser une telle condition, préfère éviter. Avoir Ann Traur est déjà suffisant. Malgré tout, il se permet d’ajouter quelque chose :

« Auriez vous quelques objections à ajouter une ou deux closes dans le contrat? Je n’apprécie pas beaucoup être le seul à faire des compromis, Mademoiselle »

Il se lève, se dirige vers le comptoir. Demande un bloc note et un stylo noir. Revient vers la table : le petit garçon est près à jouer. Ses yeux verts sont pourtant froids, toujours froissés par les remarques précédentes du modèle.

« Pas d’alcool avant et pendant les shootings : quitte à photographier un fantasme, autant l’avoir corps et âme »

Sa main gauche se met à griffonner sur le papier d‘une écriture presque illisible.
Miss Ann Traur devra donner son approbation avant diffusion de toute photo si et seulement si elle fait preuve de sobriété avant et pendant les séances de travail.
Il signe d’un L.P et pousse la feuille vers la jeune femme.
« Avouez que je suis petit joueur. J’aurais pu demander plus, mais.. vous m’offrez déjà tant. Voulez vous faire quelques tests? »
Ironique? Peut-être. A présent qu’elle acceptait, il lui donnait toutes les raisons de lui dire d’aller se faire foutre.

Il attrape la bouteille, lui sert un nouveau verre.
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyVen 19 Fév - 18:09

Soit. C'est un bon résumé.
Ann ne bouge pas, ne cille même pas. Elle se demande s'il va accepter, s'il va se lever et partir, dénoncer la stupidité et le manque de professionnalisme dont elle peut faire preuve. La question dérive et se transforme. Que préfèrerait elle ? Qu'il parte, qu'il reconnaisse enfin son inévitable défaite, ou qu'il reste et continue à lui en mettre plein la figure jusqu'à ce qu'elle cède, sachant pertinemment qu'elle ne cèdera pas? Le trouble que cet homme provoque en elle est divertissant, après tout. Mais c'est un jeu dangereux. Preuve en est qu'elle remet déjà en cause son célèbre sens des responsabilités. Bien sûr, il n'aurait pas été là qu'elle aurait bu quand même. Rien de cette séance n'est inhabituel. La différence réside dans ce qu'elle éprouve, les besoins qu'elle ressent vis à vis de lui. Elle n'accepte même plus pour le bien de sa carrière, elle accepte pour le provoquer en duel et tirer son épingle du jeu. Pour se sentir vivante.
Soit. Elle n'apprécie pas qu'il ait si facilement raison, ceci dit. Il serait donc préférable qu'il ne le sache pas. En fait.

Elle esquisse un léger sourire en accusant sa première remarque. Il peut ne rien apprécier du tout, elle s'en moque éperdument. Il est demandeur, il est encore en position de faiblesse et tous deux le savent pertinemment. Une fois derrière l'objectif, la tendance s'inversera, elle sera à la merci de sa moindre décision. Il pourrait au moins avoir la bonté de la laisser savourer son heure de supériorité sans faire de manières. Mais non. Il veut qu'elle fasse des compromis. Elle achève le verre de monsieur Petersen et le repose sur la table pendant qu'il cherche de quoi noter. Un instant, elle se surprend à écouter la rumeur d'une conversation entre lui et le tenancier du bar, mais rien. Il demande, il est servi. Ann pince les lèvres. Ce café est une violation de son intimité. Un viol consenti par dessus le marché. Déjà, elle se sent devenir idiote. Elle hésite un instant. Sa main frôle la manche de son manteau. Elle résiste. Pour une fois, la lâcheté ne l‘emportera pas
Elle a besoin d'une cigarette.

Il revient. Derrière lui, un couple franchit les portes de l'enceinte. Ann leur jette un regard bref pendant que monsieur s'installe, dérangée par leur seule présence. Le serveur qui vient à leur rencontre lui masque un instant la vue, elle en profite pour reporter son attention sur son collègue, installé. Et glacial. L'aurait elle agacé ? La correction voudrait qu'elle s'excuse, mais elle se mord la lèvre. Il a déclenché les hostilités tout seul. Et même si ça partait d'une bonne intention... l'enfer en est pavé, après tout.
A sa requête, elle rit franchement. Un rire froid, plus amusé que réellement enjoué, mais un rire tout de même. Son visage se fend d'un sourire acide tandis qu'elle murmure, complice agressive.

" Ça c'est ce qui s'appelle savoir parler aux femmes. "

Retour à l'envoyeur. Elle ne se connaissait pas une telle mauvaise volonté. Mais, après tout, le jeu n'aurait plus aucun intérêt si elle se contentait d'acquiescer, la bouche en cœur, et de bénir l'arrivée de cet homme dans sa vie. Non, il faut un affrontement pour que les choses prennent de leur ampleur, des handicaps qui rendent la situation si compliquée et sauront la sublimer par la suite. En un sens, elle lui rend service.
Elle tire la feuille à elle, relit les quelques lignes un certain nombre de fois avant d'apposer sa propre signature. Un sourire étonnamment plus sincère anime ses traits lorsqu'il conclut l'échange. Enfin, il commence à répondre par le sarcasme. Il ne se sent plus le besoin d'être agréable. Là, au moins, ils vont pouvoir commencer à se parler d'égal à égal. Elle plie soigneusement la feuille et relève le regard vers lui.

" N'est ce pas ? Ça mériterait que vous m'offriez une bouteille de champagne mais je suis prête à pardonner que vous n'y ayez pas pensé tout seul. Je garde le " contrat " si vous le permettez."

Son sourire s'étire. Une léger changement de ton, de l'ironie à la simple plaisanterie, du solitaire au partagé. Le drapeau blanc commence à pointer le bout de son nez. Légèrement.
Elle jette un regard au verre qui lui est servi, puis le repousse, ses yeux défiant ceux de son interlocuteur. Ils se plissent un instant, vaine tentative pour voir mieux ce qu'elle comprend mal. Elle finit par lâcher un soupir bref, fouille dans les poches de son manteau à la recherche de ses précieuses cigarettes.

" Vous êtes plutôt enclin à pousser les autres au vice pour quelqu'un qui ne boit pas. Et qui ne veut pas que je boive. "

Elle en sort deux, pour en tendre une à Laurie, profite de cette seconde de rapprochement pour se pencher vers lui et murmurer d'une voix mutine.

" Et puis…Pas d'alcool avant et pendant les shoots, c'est bien ce que vous avez dit... non ? "

Elle lui attrape le poignet, le tire légèrement plus à elle, geste parfaitement absurde, inadéquat, et qui ne lui convient pas. Tout du moins, qui ne convient pas à cette Ann Traur qu'elle s'est forgée depuis des années. Peut être reste t'il des relents de spontanéité quelque part, finalement.

" Pourquoi ne pas faire un test ici et maintenant, monsieur ? L'agence n'est pas bien loin, il suffit que vous alliez chercher un appareil. Je vous attends. Un talent comme le votre ne se formalisera pas d'un cadre un peu hors normes, j'espère. "

Le défi est lancé à l'adresse de chacun des participants. Et si Ann en a pris l'initiative, elle n'est peut être pas celle qui le relèvera le plus facilement. Tant pis. Elle sent l'envie de risques la chatouiller. Une sensation désagréable qu'elle ne pourra évincer que par un seul moyen : la consumer. Jusqu'à la corde, jusqu'à ce qu'elle en ait marre et n'aspire plus qu'au confort de son existence habituelle. Se connaissant, ça ne devrait pas prendre beaucoup de temps.
Elle le lâche et se relève, d'un même geste, empoigne calmement son manteau. D'un sourire qui se veut plus rassurant que les autres, elle conclut paisiblement avant de sortir.

" Je vous rassure, avec ma consommation habituelle, deux verres ne devraient pas trop altérer mes capacités de concentration. "

La belle égarée et alcoolique. Intérieurement, elle se gausse. Ce rôle devient de plus en plus divertissant, finalement.
Elle sort, allume sa cigarette sur les marches du perron. Et elle attend.
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptySam 27 Fév - 22:44

Peut-être que ce vulgaire morceau de papier n’aura aucune valeur juridique. Sans doute, même. Mais les deux protagonistes savent qu’il n’est nullement question de loi, dans leur pacte. Une espèce de pari, plutôt. Qui des deux parviendra à tenir ses promesses? Laurie ose espérer qu’elle ne partira pas au milieu d’un shooting. Mais avoir le droit de photographier le modèle est la récompense de son obstination. Dommage, pourtant, qu’il ne ressente pas plus d’enthousiasme.

Elle s’esclaffe. Elle a un rire à son image, c’est indéniable. Dommage qu’on ne sache pas si il est provoqué par l’alcool ou d’origine plus naturelle. En réalité, ils se ressemblent beaucoup : cachés derrière une espèce de carapace, ne montrant rien de ce qu’ils ressentent et savourant le moindre sentiment, tant l’impression d’être humain est rare. Enfin, est-ce vraiment cela pour elle? Ann boit, c’est qu’elle se cache de quelque chose. Peut-être qu’au fond, elle est innocente : c’est-ce que suggère son rire : quelque chose d’angélique, pas au sens douceâtre du terme, plutôt en ce qui concerne le mystère. Quelque chose de camouflé Difficile à dire.
Il ne s’attendait pas à ce qu’elle accepte. Le jeu peut continuer, comme une étape supplémentaire dans ce qui se finira quelque part entre deux draps. Ou un mur, qui sait. Il esquisse un sourire lorsqu’il la voit signer. Tend la main pour récupérer leur contrat à deux sous : mais non, elle préfère le conserver.

« A votre guise ». Qu’en ferait-il, de toutes manières? Il finirait dans une poubelle. En parlerait vaguement à son agent qui se mettrait à lui hurler dessus et lui-même partirait sans doute dans une crise de rage lorsqu’il se rendrait compte qu’elle ne respecterait pas leur pacte. Il ne lui fait pas vraiment confiance, c’est vrai. Mais accorder sa confiance, c’est perdre un peu de contrôle.

Il s’étonne de la voir repousser le verre. Agréablement surpris? C’est possible, mais pas vraiment crédible : elle ne lui doit rien, après tout. Ils ne se connaissent pas depuis deux heures. Pourtant, elle l’a refusé. Il réagit d’un léger signe de tête. Un moment d’acquiescer à son attitude, qui se veut positive. Capitulerait-elle? Ça la rend en tous cas beaucoup plus fascinante. Oui, c’est ça le terme qualifiant Ann Traur : fascinant.

Elle lui tend une cigarette, qu’il accepte avec plaisir. Si la tension s’est calmé, sa drogue lui est pourtant indispensable. Avouons le, une lueur furtive d’étonnement apparaît sur le visage du photographe au contact des doigts de la demoiselle. Le contact est électrique. Son regard se perd quelque part dans une courbe que dévoile son chemisier. Instant très court : cette femme est douée pour attirer l’attention.

Son visage se fend d’un sourire : passer plus de temps avec Ann Traur est son dessein. Chaque seconde supplémentaire le ravit.

« Excellente idée, Mademoiselle ».

Elle lui rend sa liberté, se lève. Il quitte la table à sa suite, attrape son manteau alors qu’elle est déjà dehors et pose un billet sur le comptoir. « Pourrez vous dire à Mademoiselle Traur que j’ai son trousseau de clefs? »
La somme est conséquente, mais il s’échappe sans attendre la monnaie, sans attendre de réponse, la cigarette allumée à peine le pied sur le trottoir. Savourant sa nicotine, il s’éloigne, sans jeter un regard à Ann. Se ravise, fait demi tour. Il attrape lentement la main du modèle et l’embrasse, les yeux sur elle.

« Ne me faussez pas compagnie »

Les clefs ne sont qu’un moyen d’être sûr qu’elle ne partira pas. Il ignore comme elle réagira et doit prévoir ses arrières. Le trousseau tinte à présent au fond de son propre manteau. Il se dirige vers l’agence, se fait interpeller par son agent, qui l’attendait visiblement depuis quelques minutes. Il est en retard à un rendez vous. « Plus tard » lâche-t-il en se dirigeant vers l’endroit où sont gardés quelques appareils. Ce ne sont pas les siens, certes, mais ça suffira.
Laurie est de bonne humeur, il en chantonnerait presque. Quinze minutes plus tard, il est de retour, armé d’un appareil, une nouvelle cigarette aux lèvres.
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyJeu 4 Mar - 1:25

Un contact. Un frisson. Mademoiselle esquisse un sourire énigmatique, acquiesce d'un signe de tête presque imperceptible. Elle le regarde s'éloigner quelques secondes, perturbée, entre amusement et crainte irrationnelle. Un relent acide lui brûle les viscères, son cœur cogne d'un rythme anormalement effarouché. Maintenant que le défi s'écarte, les vieilles angoisses peuvent revendiquer à grands cris, éveiller les raisons premières de son refus. Ann laisse échapper un soupir las et s'assoit sur le perron du café, son regard, hasardeux, dérivant sur le dos de sa main. Elle la retourne pour s'examiner les ongles, chasse une petite poussière sur son index. La cigarette est assassinée lentement, écrasée sous sa chaussure pour mourir en silence. Ses yeux contemplent le vide, les voitures qui défilent, puis un autre vide, un chien qui passe. Son visage n'exprime rien sinon l'expectative. Rien d'autre ne mérite d'être exhibé. Encore un vide et elle se relève pour rentrer dans l'enceinte, refroidie par l'humidité de la capitale. Le temps est gris mais elle aime ça. Paris ne serait pas Paris sans un temps pluvieux, juste assez froid pour amener les passants dans les bars.

Elle ôte son manteau et reprend place à leur table, un sourire cordial pour le regard du couple installé à quelques mètres. Ils s'interrogent tous les deux. Est ce qu'ils ont bien vu ce qu'ils ont vu ? Improbable. On ne croise pas les personnalités dans un bar au coin d'une rue, n'est ce pas ?
Elle ramasse la bouteille et son verre pour les amener au comptoir, trop effrayée par la tentation. Ann Traur est une idiote malheureuse et égoïste mais elle a d'avantage le sens des responsabilités que ce que peut suggérer son attitude. S'il doit ne pas y avoir d'alcool, il n'y en aura pas. Elle ne boit pas tant que ça, d'ordinaire. A part pour faire passer les heures, mettre un peu d'engourdissement dans sa lassitude, parfois. Attaquer la journée au whisky pour avoir l'impression qu'elle n'est pas si mauvaise. Mais s'il y a quelque chose de bon à tirer de cette rencontre, elle n'en aura pas besoin.
Le patron lui jette un regard patriarche, auquel elle répond par un froncement de sourcil adolescent. Il sourit calmement, elle hausse les épaules.

- Il est parti ?
- Chercher son appareil.

Son visage se fend de surprise. Fini les regards excessifs, la complicité. Il semble s'affaisser un instant, écrasé par la stupeur.

- C'est un photographe ?
- Ça n'a rien à voir. Je n'ai pas fait signer de contrat à Manek. J'aurais peut être dû, ceci dit.

Elle laisse échapper un rire insonore. Lui ne rit pas, mais tant pis. Il exagère, son inquiétude lui fait interpréter des choses qui n'ont pas lieu d'être. Il n'a pas envie de planquer un autre cadavre et ne voit pas que celui là est trop coriace pour être lâchement assassiné. Elle lui réclame un café pour couper court à la conversation, lui remettre son boulot en tête. Pendant qu'il s'affaire à préparer la petite tasse, elle s'assoit sur un tabouret et laisse choir ses coudes sur le comptoir de bois.

- Ça ne te dérange pas qu'on s'offre une séance photos ici ?
- Tout ce que je risque c'est de recevoir de la pub. Par contre, c'est lui qui a tes clés.

Il pose la tasse sur la table. Ann cligne des yeux. A son tour d'être surprise. Clouée de stupéfaction à son tabouret, en fait. Elle ouvre la bouche, laisse planer un imbécile de silence avant de réussir à s'étrangler sur le crachat d'une phrase.

- Il a quoi ?

Pour toute réponse, un haussement d'épaules. Elle sent la rage lui glacer le corps, tout aussi excessive que le reste. Ce petit trousseau de clé qu'elle manipule négligemment deux fois par jour prend une ampleur colossale. Une clé, c'est une symbolique. Une clé ouvre des portes, celle de sa chambre d'hôtel et de tout ce qu'il y a à l'intérieur. Bouteille de whisky, paquets de cigarettes, lingerie trop chère, un nombre incalculable d'indices que peut interpréter aisément le plus idiot des photographes. Elle est enragée par cette angoisse qui grandit soudain, l'éternel écartèlement que lui suggère un regard trop insistant. Est il parti jusqu'à l'hôtel ? Que va t'il trouver ? Que va t'il bien pouvoir regarder?
Elle se lève, décidée à lui courir après, le tuer pourvu qu'elle récupère les preuves compromettantes. Mais la sonnette fait ding dong, la porte s'ouvre sur la silhouette du photographe. Elle se retourne.

Si elle est prête à l'égorger lorsqu'il apparaît devant elle, elle se calme une fois qu'il a franchi la distance les séparant. Elle relativise. Pourquoi ? Allez savoir. Cette séance prend peut être de l'importance après tout. Une envie d'aller au bout, de rester, derrière toutes les mauvaises raisons qu'elle pourrait trouver pour claquer la porte. Elle aime la compagnie de cet homme, elle est attirée par les sensations induites comme un papillon par une flamme. Le contact, le frisson. Il est temps de faire renaître une partie de son âme. Pas tout... juste les centres du plaisir, les origines du désir. Ces incohérences qui nous conduisent à céder aux tentations les moins prudentes. Elle veut plus et elle ne veut pas le perdre. Elle est en colère.
Arrivé à leur hauteur, il reçoit un regard à vous glacer l'échine. Ann tend simplement la main, ses yeux meurtriers braqués sur lui. Lorsqu'elle sent le métal froid lui être déposé dedans, elle referme sa main trop fort, jusqu'à se faire mal.

- Ne refaites jamais ça.

Elle va enfouir les clés dans son sac. Pourquoi ? Pourquoi lui avoir délibérément volé un outil aussi personnel ? N'a t'il aucun notion de limite sociale, grand dieu ? Même la plus petite notion d'incorrection. Elle ferme les yeux, inspire profondément l'air saturé de café et de bois verni. Personne ne pourra dire qu'elle cherche seule le conflit. Il ne l'aide pas.
Ann se retourne. Elle le toise en chien de faïence, une ou deux secondes. Une adrénaline étrange court dans ses veines. C'est étrange de voir un nouveau visage après toutes ces années de routine. Déstabilisant, en somme.
Elle s'appuie contre la table. Elle attend. Son cœur cogne. Elle se détend légèrement, consciente des suites du programme. Il va falloir lâcher du lest, laisser un homme dont elle se méfie viscéralement prendre tout le contrôle. Insupportable. Et excitant. Le jouvenceau a laissé place à un professionnel, c'est à son tour de se sentir des airs de vierge effarouchée. Elle angoisse. Elle se soucie de ce qu'il va en penser. Mademoiselle révise son point de vue. Elle refuse qu'il la méprise après ça.

Son regard surveille l'appareil photo. Quand elle voit se relever vers l'œil de son observateur, elle esquisse un sourire étrange. A peine dessiné. Pourtant, ses yeux gerbent des étincèles défiantes. Elle regarde l'objectif en face, à s'en brûler la rétine. Elle le défie. Son sourire s'étire légèrement, presque prédateur. Un bruit sec claque le silence attentif du café. Première photo. Elle penche légèrement la tête, sa cascade blonde coule sur son épaule. Et les bruits s'enchaînent. Ann s'assied plus avant sur la table, elle le laisse commencer à tourner comme un vautour, le regardant parfois, relâchant son attention à quelques instants d'égarement. Ses paumes s'appuient sur la table, ses bras se tendent. Elle rejète la tête en arrière, contemple le plafond. Son sourire disparaît légèrement. Elle ferme les yeux, seule avec elle même, à l'affut des sensations piquantes que suscite cette séance improvisée. Son pied se pose sur la table. Elle s'y allonge franchement, les yeux ouverts, fixés sur la blancheur du plafond. Elle tourne un instant le visage, à la recherche de ces bruits secs. Elle trouve l'objectif, l'interroge du regard. Son visage est perturbé, légèrement tend. Vulnérable, peut être. C'est ça. Une sensation de vulnérabilité qui la prend au corps.Sa respiration s'accélère. Ses yeux se froncent. Elle toise Laurie, elle s'effraye de ce qu'il est entrain de faire. Ses yeux l'implorent presque.

Ann rit. Elle se retourne vers le plafond, se passe les mains sur le visage. Tout cela est parfaitement absurde. Oui, c'est une sensation de ridicule qui la prend soudain au corps. Son bras s'affaisse à côté de sa tête, indifférente qu'elle est aux regards effarés du couple. Sa mâchoire se contracte. Se relâche. Elle ouvre légèrement la bouche, en transe, les yeux brûlés par le plafond.

- Ça vous convient ?
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MessageSujet: Re: L'enfant Roi [PV. Laurie] L'enfant Roi [PV. Laurie] EmptyDim 21 Mar - 4:19

Et oui, il est revenu. Faut-il qu’il y tienne, à sa muse, celle dont on parlera bientôt non comme une vulgaire égérie mais comme la créature divine placée sur un piédestal grâce à son talent, à lui. Il est content, donc, les clefs dans la poche, ravi d’avoir réussi ce tour de passe-passe qu’il a apprit il y a assez longtemps pour pouvoir l’effectuer sans la moindre anicroche. Et alors qu’il entre à nouveau dans le café, alors qu’il la voit le toiser d’un air assassin, lui tendre la main pour recevoir son bien, il ne peut s’empêcher de sourire à nouveau. Habitué qu’il est de cacher ce qu’il ressent, il ne considère pas cette seconde comme un moment d’égarement, mais plutôt comme le point d’exclamation qui ponctue sa matinée : elle n’est pas partie. Sans ses clefs, ça aurait été difficile, mais qui pourrait dire mieux que lui à quel point il est aisé de s’échapper lorsque l‘on veut éviter quelqu’un?
Enfin, elle est là et tandis qu’elle glisse son bien dans son sac, le plus loin possible de ses mains baladeuses, il en profite pour commander un nouveau thé tout en déballant le reflex qui va servir aux prémices de son art.

Ann Traur, premier essai.

Il allume l’appareil, vérifie le réglage. Deux minutes. Ses mains expertes manipulent l’objet jusqu’à ce qu’il obtienne l’effet voulu. Il lève les yeux vers elle, la fixe quelque secondes, cherche à imprimer dans son esprit le moindre trait de son visage. Ce qu’il veut obtenir.

Mais la belle un peu sauvage a laissé place à une professionnelle. Elle est parfaite, soudain, figée. Il lève l’appareil s’apprête à suggérer quelque chose, mais déjà un sourire apparaît. Première photo. Bientôt, il la mitraille. Et plus il presse le bouton, plus elle est parfaite. Un rêve de photographe. Il réfléchit déjà à la campagne. Dior n’a qu’à bien se tenir.

Autour d’eux, les rares personnes présentes s’intéressent à la scène. Se rapprochent. On chuchote, on la reconnaît. Lui, en tant que photographe, est un anonyme. Un prédateur, avide de capter la moindre expression. Le visage d’Ann les traverse toutes, ou presque. Pour Laurie, le monde extérieur a disparu. Et puis, une minute, une heure plus tard, il revient à lui.

- Ça vous convient ?

Une dernière photo, encore une autre. Il a retrouvé son air impassible. Petersen ne charme plus. Il a l’air ailleurs. Son thé refroidit sur le comptoir, alors qu’il abaisse l’appareil et contemple le modèle. Il a envie de fumer une cigarette. Il hésite un instant, puis pose l’objet près du sac. Hésite encore. Il veut voir les photos, refuse de le faire dans l’écran miniature de l’appareil. Il finit enfin par le ranger, paraît revenir à la vie.

« Je vous dépose quelque part? »

Il ne parle pas des photos, non, c’est délibéré. Comme un enfant qui reçoit ses cadeaux de noël en avance, il n’a qu’une envie, c’est de les déballer. Voir les photos, passer au studio, songer à ce qu’il va pouvoir faire Ann, en parler avec la prod, passer des coups de téléphones. Laurence Petersen est un être terriblement ennuyeux, lorsqu’il travaille. Il se modère, s’oblige à paraître civilisé. Il ne songe pas à la manière dont elle pourrait prendre son attitude. Rustre? Non, voyons, ça, ce serait si il l’avait abandonnée après un moment d’égarement physique…
Mais en attendant, il n’y pense pas. Est en train de faire éclater le peu de terrain qu’il avait gagné dans la confiance d’Ann. Mais plus le modèle le passionne et moins il songe à ce genre de détail. Comme un vulgaire débutant.
Un frisson le traverse, d’ailleurs, il se rend compte de sa brusquerie. Ça n’est pas ainsi qu’il gardera un peu d’espace dans l’estime d’Ann Traur.

« J’insiste. »
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